LCLAS

Association des actionnaires salariés du Crédit Lyonnais

 

 
 
 
 
 
 
 

Intervention de Patrick Lamy

L’actionnariat salarié face à la crise


L’année 2011 marque la 4ème année de crise marquée par des marchés financiers aux comportements erratiques et la chute de certaines valeurs de la cote. Dans ce contexte, nous aurions pu croire que les salariés aient quelque peu délaissé l’actionnariat salarié. Les chiffres contredisent ce point.


Salariés : comment profiter des opportunités de l’actionnariat salarié en période de crise ?

Souvent, l’on constate que l’épargnant réagit avec une « vision rétroviseur ». Le comportement d’investissement est alors influencé par le constat des performances passées. Le pire en la matière est de vendre dans les périodes de tempête boursière en concrétisant ainsi une perte qui n’était que potentielle. A l’inverse, il a pu être constaté que les mouvements de hausse étaient amplifiés par l’arrivée massive de petits porteurs qui voulaient profiter de leur part du gâteau. La force d’inertie a pour conséquence qu’il est souvent trop tard pour ces prises de décision. La plupart du temps, ce type d’agissements est destructeur de valeur pour ses auteurs


L’actionnariat salarié s’inscrit dans le cadre de fonctionnement de l’épargne salariale et notamment pour ce qui concerne les règles d’indisponibilité à 5 ans (voire 10 ans lorsque les actions ont été souscrites avec une décote de 30%). Ce délai d’indisponibilité, contrepartie des avantages fiscaux, est parfois apprécié comme une contrainte. Pour autant, dans les périodes de crise, il peut souvent être protecteur de prises de décisions inconsidérées prises dans la tourmente. Les salariés ont souvent appris que la patience payait dans de nombreux cas, transformant la contrainte de blocage en vertu pédagogique. Ainsi, sauf véritable accident de parcours d’une entreprise, les actionnaires salariés ont compris qu’en cas de bourrasque boursière, il était urgent … d’attendre. Il arrive même parfois que certains salariés estiment même que leur titre peut être particulièrement maltraité en bourse et dans ce cas, ils décident d’acheter des titres dans le cadre de leur Plan d’Epargne d’Entreprise. Cette opportunité n’est pas possible dans tous les cas puisque certains dispositifs d’actionnariat salarié ne sont accessibles que par le biais des augmentations de capital réservées prévues à des dates bien précises, le plus souvent au moment du versement de la participation et/ou de l’intéressement.


Dans sa stratégie, le salarié ne doit pas omettre deux avantages complémentaires : la décote (de 20 à 30% selon la durée de blocage) et l’abondement de l’entreprise qui peut aller en 2012 jusqu’à 5 237,56 euros par an et par salarié lorsque les sommes sont investies en actions de l’entreprise. Ces sommes constituent à la fois un frein à la baisse (le salarié doit conserver son prix d’acquisition réel pour savoir s’il perd potentiellement) et un effet de levier en cas de hausse (la hausse s’appliquera à la totalité des actions ainsi souscrites alors que l’investissement personnel est de moindre montant). A ces avantages complémentaires, on peut ajouter que lorsque les versements proviennent de l’entreprise (participation ou intéressement) ce qui est fréquemment le cas, l’effort d’épargne personnel est nul et on peut adopter la logique selon laquelle le prix de revient des actions est alors de zéro. Certains salariés ont adopté ce principe et sont ainsi gagnants quoi qu’il arrive.


Derniers conseils sur la stratégie à adopter : la perspective d’un déblocage anticipé prévu au moment de l’investissement doit proscrire le choix des actions de l’entreprise. C’est notamment le cas lorsqu’il s’agit du déblocage en vue de l’acquisition de la résidence principale. Il est arrivé de constater un apport personnel constitué de l’actionnariat salarié fondre et compromettre une opération immobilière. Les paris à court ou moyen terme doivent être proscrits de tout investissement en actions. Enfin, ne pas oublier le « roi des adages » en matière d’épargne : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. L’actionnariat salarié doit rester « une » des composantes de son épargne totale. Un chiffre de 20% du total semble être la limite maximale…


Entreprises : motiver l’équipage pour tenir le cap dans la tempête !


L’actionnariat salarié est un mécanisme d’intéressement au capital de l’entreprise. Comme il vient d’être souligné pour les salariés, l’actionnariat doit représenter une part raisonnable du patrimoine financier. Pour cela, il est important qu’il n’existe pas un fléchage vers cette formule au travers de l’abondement. En effet, l’abondement incitatif et exclusif pour l’investissement en actions de l’entreprise est délicat car pouvant orienter les salariés pour cette seule forme de placement au seul regard des avantages immédiats qu’ils pourront en tirer. Dans les périodes fastes, une telle politique recueillera une large adhésion mais en cas de baisse sensible du titre, ce consensus se fera moins large, voire se transformera en contestation. Même si l’abondement et la décote lors de l’augmentation de capital constituent un amortisseur à la chute des cours, il est prudent d’instaurer un choix véritable au sein du PEE renvoyant à la responsabilité de chacun les décisions individuelles prises dans ce cadre.


Au-delà des seuls aspects financiers, il reste pour l’entreprise à traduire le poids de ses salariés dans son capital. Lorsque celui-ci est significatif, il faut alors en tirer des conséquences au regard de leur présence au conseil d’administration. C’est malheureusement ici un point souvent sensible. Les entreprises sont favorables à l’actionnariat salarié mais pas toujours enclines à associer les salariés aux décisions stratégiques. Ce comportement est surprenant lorsque l’on observe les conseils d’administration de ces entreprises. On y observe des administrateurs dont leur participation au capital est parfois symbolique. On peut alors s’interroger sur l’équité de traitement et la logique qui prévaut ainsi. Comment se sentir concerné par les décisions prises en conseil d’administration alors que l’enjeu personnel est faible. Il est évident que les actionnaires salariés ont ici une double légitimité : ils sont actionnaires et ils sont salariés. Que l’entreprise périclite et ils perdront leur épargne et leur emploi. Ce simple constat doit leur permettre d’être associé aux grandes décisions. Leur entreprise, ils la connaissent mieux que personne et leur désir d’en assurer la pérennité est garanti par la sauvegarde de l’activité et de leur emploi. En période normale comme en période de crise, tous ces points constituent des atouts pour l’entreprise qu’elle ne doit pas négliger. La loi a déjà prévu des dispositions pour faciliter l’accès des salariés aux conseils d’administration. Il serait souhaitable que cet accès relève du bon sens et que les entreprises adhèrent progressivement à cette idée. Les actionnaires salariés présents dans les conseils d’administration sont des administrateurs responsables et constructifs qui connaissent leur entreprise et souhaitent son succès.


En conclusion


L’actionnariat salarié présente de nombreux attraits, même en période de crise, qu’il s’agisse des salariés qui ont la nécessité de se constituer une épargne que les conditions avantageuses  d’acquisition viennent optimiser ou bien des entreprises qui ont besoin de remobiliser leurs Collaborateurs. En tout état de cause, l’idée force pour cette épargne sera la diversification des avoirs : oui à l’actionnariat-salarié et aux actions en général mais dans des limites raisonnables. Cette aversion au risque devra être d’autant plus manifeste que l’horizon de placement se rétrécira dans la perspective du départ en retraite. Tout ceci n’est que bon sens…

 
Dernière modification : 19/11/2012