LCLAS

Association des actionnaires salariés du Crédit Lyonnais

 

 
 
 
 
 
 
 

2 – La construction de l’organisation du travail en France du XVIII° au XXI° siècle

Autrefois l’organisation du travail était fondée sur une seule entité qui était le patron de l’entreprise. À partir d’une idée innovante ou à partir du droit d’exercer un métier, un métier traditionnel ou un métier nouveau, un personnage, le patron, avait le droit d’organiser autour de lui une activité pouvant aller de l’artisanat à une grande entreprise. Par exemple un métier traditionnel tel un artisan boulanger ou un monopole d’État (commerce d’un produit particulier). La légitimité de cette activité était incontestable soit par la compétence soit par les relations du futur patron. Les employés recrutés par ce patron ne pouvaient contester sa légitimité, cette organisation allait de soi.

 

À partir du XIXe siècle se constitua en Europe une société industrielle. On sortait de l’artisanat pour entrer dans une nouvelle ère avec des entreprises de plus en plus importantes et de plus en plus mécanisées. Il est évident que plus une entreprise accueille d’employés et plus les problèmes d’organisation se manifestent et deviennent prépondérants. Un artisan, même aujourd’hui, a toute son organisation dans sa tête. Il n’a de compte à rendre qu’à lui-même. S’il embauche des employés petit à petit se posera le problème de la distribution du travail à chacun. Ce sera le début d’une organisation formelle.

 

Quels sont les principaux marqueurs qui ont accompagné l’organisation des entreprises de notre pays ?

 

1 – Innovation et compétence des patrons :

 

Petit à petit le pouvoir absolu du patron traditionnel s’est trouvé confronté à deux problèmes cruciaux à savoir l’innovation des produits et l’organisation du travail. Le patron ne pouvait plus se contenter de son relationnel. Dans une communauté compétitive l’innovation permet la création de nouvelles entreprises. Les patrons remarquables au XIXe siècle étaient des patrons compétents dans tous les domaines : techniques, sociaux, politiques et relationnels. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler d’entreprise telle la société Godin qui dans l’imagerie populaire, reste la marque synonyme de chauffage et de qualité. Ce capitaine d’industrie visionnaire : Jean Baptiste André Godin, a su donner à son entreprise et à ses successeurs, le goût permanent de l’innovation et de la performance.

Au début du XXe siècle des entreprises telles Peugeot, Renault, Eiffel, … ont montré un savoir faire durable et exemplaire.

   

2 – le pouvoir syndical :

 

L’émergence d’un pouvoir syndical se manifesta dès le XIXe siècle et ne fut vraiment reconnue qu’au XXe siècle à la fin de la deuxième guerre mondiale. La lutte syndicale fut longue et difficile et parfois très violente avec des affrontements meurtriers avec les forces de l’ordre.

 

Le mouvement syndical se développa au XIXe siècle et trouva une consécration en 1936 avec le front populaire qui permit la reconnaissance sociale des syndicats. La loi du 23 décembre 1946 organise un retour aux principes de la loi de 1936 qui avaient été remis en cause par les décrets-lois de l’État français. Elle maintient le monopole de négociation des organisations syndicales les plus représentatives.

   

3 – l’exemple militaire :

 

Il est aussi utile de se rappeler de l’évolution organisationnelle des armées entre le XIXe et le XXe siècle. En effet les armées sont les organismes les mieux organisés de chaque pays. Le XIXe siècle a été marqué par l’épopée napoléonienne qui s’est dotée d’une organisation militaire sans précédent dans l’histoire de France. L’organisation de la Grande armée a fait l’objet de très nombreuses études académiques dans le monde entier. L’armée de Napoléon a été une entreprise de tout premier plan avec un chef charismatique mais aussi des maréchaux et des cadres militaires de tout premier plan. Des matériels performants ont été utilisés ainsi que des méthodes de formation accélérée qui ont permis d’intégrer des effectifs recrutés dans toute l’Europe et même au-delà (les mamelouks par exemple en Égypte).

 

4 – les grandes écoles :

  

 

« Les premières grandes écoles ont été créées par l’État au milieu du XVIIIe siècle, dans le but de fournir les cadres techniques et militaires des grands corps de l’État, les Forces armées françaises, le corps des Mines, des Eaux et des forêts, de l’Administration centrale, des Ponts et chaussées, de l’Agriculture, des Ports et arsenaux, de la Science vétérinaire, de l’Enseignement, etc. De fait, ce sont ces huit anciennes écoles supérieures réorganisées à partir de la Convention et dont les places étaient offertes au concours public, que l’on appelait traditionnellement grandes écoles : Polytechnique, Ponts et chaussées, Mines, Saint-Cyr, Navale, Normales supérieurs, Agro, Vétérinaire, liste à laquelle ont été ajoutées au XIXe siècle des écoles privées comme l’École centrale des arts et manufactures. »

 

 

5 – les deux dernières guerres mondiales 14 – 18 et 39 – 45 :

 

La France au XXe siècle a subi deux guerres mondiales. La première fut une boucherie très coûteuse en hommes y compris parmi les élites. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les monuments aux morts de nos grandes écoles. Ceci explique en partie les difficultés que rencontra notre économie dans l’entre-deux-guerres.

 

La deuxième guerre mondiale ravagea le pays mais avec beaucoup moins de pertes humaines qu’au cours de la première guerre mondiale.

   

6 – la reconstruction à la sortie de la deuxième guerre mondiale :

 

En 1945 la France sortit détruite et ruinée par la guerre. Pendant près de six ans d’années de guerre la France occupée a connu un déclin sans précédent. En revanche nos alliés : l’Amérique et la Grande-Bretagne ont continué à marche forcée à développer la recherche-développement et la production industrielle de guerre. C’est cet effort industriel de production et de recherche qui a permis aux alliés de battre l’Allemagne. L’Allemagne a fait durant cette guerre des efforts d’organisation et de recherche considérables. L’Allemagne et l’Angleterre à un titre moindre, ont subi des bombardements alors que les États-Unis sont restés en paix sur la majeure partie de leur territoire. Cela explique en partie l’avance organisationnelle considérable des États-Unis sur le reste du monde.

 

7 – la construction européenne :

 

Lancée dans les années cinquante la construction européenne se met en place de manière continue. C’est probablement le plus grand chantier d’organisation jamais entrepris. Il nécessite de faire converger l’organisation de 27 pays qui se sont fait la guerre tout au cours de leur existence. Mais la deuxième guerre mondiale a ruiné l’Europe et lui a fait prendre conscience qu’elle devait trouver une issue pacifique à ses conflits permanents.

 

La politique précède toujours la mise en place de l’organisation pratique des nations. Aujourd’hui personne ne conteste le fait que l’organisation du travail en Europe doit s’homogénéiser. Pour ce faire les pays les mieux organisés doivent inspirer le modèle commun auquel tous doivent se référer.

 

La France aujourd’hui comme les autres pays européens fait des efforts dans ce sens. Cela prend du temps mais ce temps est indispensable pour que l’organisation du travail progresse, prenne conscience de ses lacunes et y remédie.

 
Dernière modification : 04/03/2019